LES TECHNIQUES

 

Les techniques n’ont guère évolué au cours des siècles. Cette méthode de décoration de la peau est donc une insertion de substances colorées sous la surface. La peau est perforée avec un instrument pointu, aiguille faite de matériaux divers (Os, ivoires, dents, métaux, aciers) qui entraîne les pigments sous l’épiderme. Tout le problème était de ne pas dépasser l’épiderme afin de ne pas perforer le derme, ceci afin d’éviter une diffusion du pigment. Le pigment s’enkyste entre l’épiderme et le derme.

 

Afin d’illustrer la variété des techniques de tatouages, la pratique Inuite est particulièrement révélatrice de l’ingéniosité dans ce domaine. En effet, ces derniers passants sous la peau une aiguille suivie d’un fil enduit de noir de fumée brodant ainsi le motif désiré. Les Thaïs et Cambodgiens quant à eux procèdent par grattage à l’aide d’un instrument muni de pointes effilées. En Extrême-Orient et dans le Pacifique, on utilise une sorte de petit râteau dont les dents sont constituées d’aiguilles ou de pointes d’os. Ce râteau est tenu d’une main par le tatoueur et est frappé de l’autre par un maillet. Les Japonais, quant à eux, utilisaient des séries de baguettes dont le bout est doté de faisceaux d’aiguilles pour exceller dans leur spécialité du “bokashi”, à savoir les plus beaux dégradés du monde allant du noir profond au gris le plus clair.

 

Les pigments utilisés jadis, proviennent du noir de fumée, de coque de noix brûlées, de résines, de cendres ou bien de substances organiques, animales ou végétales mélangées à de l’alcool, de l’eau, du sperme, du sang ou des sucs végétaux. Les pigments actuels issus de l’industrie sont aseptisés ce qui ôte l’aspect folklorique mais rassure plus quant à la transmission de maladies.

 

En 1891 est inventée, par Samuel O’Reilly, la première machine à tatouer électrique. Depuis lors le système est resté identique, électroaimant, ressort et rupteur qui entraînent une aiguille ou un faisceau d’aiguilles. Cette aiguille ou faisceau sont guidés dans un manchon prolongé par une buse de guidage. L’encre réside dans la buse ou elle monte par capillarité lorsque le tatoueur la plonge dans le godet d’encre. C’est le matériel actuellement utilisé par la majorité des tatoueurs professionnels.

 

LES USAGES

 

Le tatouage fut pratiqué par les Égyptiens dès 2000 av. J.-C. Les tatouages en couleurs se développèrent fortement chez les Maoris de Nouvelle-Zélande et furent pendant un temps une forme d’ornement prisée en Chine, en Inde et au Japon. On pensait que les tatouages offraient une protection contre la malchance ou la maladie. Ils servaient aussi à identifier le statut ou le rang, ou l’appartenance à un groupe. Leur utilisation la plus courante, cependant, était une forme de décoration.

 

Darwin faisait remarquer dans ses ouvrages qu’il n’existe aucun peuple sur cette planète qui ne connaisse cette pratique. On en signale, selon les témoignages, sur des figures historiques telles qu’Hérodote, Marco Polo, et bien entendu James Cook.

 

Dans de nombreuses parties du monde, différents peuples utilisent le tatouage et la sacrification pour indiquer le rang et l’appartenance sociale, ou comme signe de devil. Ce peut être un moyen de camouflage ou une croyance religieuse. En Inde et au Tibet, les tatouages accompagnent les périodes difficiles de la vie: puberté, maternité, maladie ainsi que le deuil. Pour les habitants d’Hawaï, le deuil était occasion d’un tatouage de points et de traits sur la langue alliant en cela sévices corporels et tatouages.

 

Il peut aussi être un talisman du type de ceux portés par le peuple karen lors de sa lutte pour son indépendance contre l’armée birmane, tatouage devant arrêter les balles de l’adversaire. C’est aussi parfois une médecine, comme chez les Berbères ou encore aux îles Samoa où l’on peut se faire tatouer contre les rhumatismes. Même démarches en Afrique dans le traitement d’affections oculaires ou de maux de tête ainsi que dans la protection contre les morsures de chien ou de serpents et des risques de noyade. Les marins américains se tatouaient contre la noyade, un coq sur un pied et un cochon sur l’autre. Un Christ dans le dos évitait à ces derniers la flagellation sachant qu’aucun capitaine de vaisseau n’aurait osé fouetter l’image de Dieu. Si l’on peut douter des résultats de telles pratiques, force est de constater que l’on peut considérer le tatouage, fait dans de mauvaises conditions d’asepsie comme l’ancêtre du vaccin.